Ça y est, nous l'avons notre jour de pluie ! Celui qui va enfin me coller à l'ordinateur pour recopier les 23 pages écrites, le plus long étant de me
déchiffrer !
Tout comme pour la transat aller, je vous retranscris ici mon livre de bord. Encore il paraitra trop technique pour certains et pas assez pour d'autres. Que ceux qui ont des
questions n'hésitent pas, nous avons beaucoup profité et appris de l'expérience des autres qui nous fut précieuse et nous serions ravis de perpétuer et rendre les conseils avisés que nous avons
maintenant expérimenté.
Vendredi 10 Juin 2011 :
15h30 : On largue les amarres de la marina de Pointe à Pitre. Je vois déjà les poils du marin superstitieux qui se hérissent. Quoi, partir un vendredi !!!! En même temps, une fenêtre
météo pareille, ça ne se refuse pas. 10 à 15 nœuds de sud-est annoncé pour les prochains jours, ce qui veut dire du portant pour notre allure de navigation et une houle de 1 à 1,20 mètre. Faut
avouer qu'on ne peut mieux, et puis, ça porte malheur d'être superstitieux.
Pour l'anecdote, cette superstition nous vient du temps des galions où les marins recevaient leur paye le jeudi. Solde qu'ils allaient dépenser en partie le soir même dans les rades du coin.
Alors, forcément, le vendredi matin, ceux qui ne manquaient pas à l'appel, n'étaient plus très frais, CQFD.
Pour nous pas de biture dans un rade guadeloupéen, mais un bon diner préparé par Élie et au dodo à 22h30 (oui, oui, vous avez bien lu!).
Samedi 11 Juin 2011 :
Position GPS : 17'29.5828N – 60'42.0974W
Vitesse : du bateau : 4 nœuds – du vent : ?? nœuds
Configuration voile : Grand voile avec un ris et foc
15h30 : Hé oui, les ennuis commencent ! L'anémomètre a lâché cette nuit. Depuis le début du voyage, il n'était pas très fiable, sous-estimant la force du vent. Pour info, un truc neuf
de chez Advansea (série S400), à bon entendeur. C'est embêtant mais pas si grave. Cela va nous obliger à être attentif à nos réglages de voile et au comportement du bateau. Et avec l'expérience
on sent mieux les choses et on a appris à apprivoiser la monture. Ne pas être dépendant de la technologie est finalement un bon facteur de sécurité.
Au feeling donc, on a une bonne douzaine de nœuds, en travers.
Pourquoi un ris dans la grand voile ? Parce que comme voile d'avant nous n'avons pas un génois sur enrouleur mais un foc sur l'étai. C'est beaucoup moins de surface au vent et du coup, par
allure de travers au près, la voilure est déséquilibrée. Du coup on réduit la grand voile, le bateau est équilibré et on avance bien puisque nous avons parcouru 115 milles sur la route directe
pour ces premières 24 heures et encore avec un cap plus nord que celui de la route la plus courte.
Bon, le chemin le plus court n'étant pas forcément le plus rapide car il nous fait passer en plein milieu de l'anticyclone avec une zone de dévente quasi-absolue sur plusieurs jours. Comme nous
n'avons que 150 litres de gasoil, nous devons chercher le vent et quoi de plus normal pour un voilier. Du coup, nous filons nord-nord-est chercher le bas des dépressions au départ d'Amérique du
Nord, et qui nous pousserons (gentiment, hein!) vers les Açores.
Sinon, je vais bien. Première journée nickel ! Amarinage quasi-instantané, juste un peu de fatigue, le temps de se recaler dans le système des quarts.
La houle est travers certes, mais n'a qu'un seul train et fait à peine un mètre. Du coup, Meï-chen se dandine tranquillement. Pourvu que ça dure !
Par contre, le capitaine a pris un coup de chaud lors de son quart de ce matin. Il roupille pour reprendre des forces et on a hâte de quitter cette chaleur étouffante.
Lundi 13 Juin 2011 :
Position GPS : 20'30.0472N – 60'23.4370W
Vitesse : du bateau : 3 nœuds – du vent : 6 nœuds à peine
Configuration voile : Toutes voiles dehors!
15h30 : Ce n'est pas très glorieux, 72 milles sur la route directe hier et seulement 53 ces dernières 25 heures. C'est mou et écrasant de chaleur. Hier c'était à mon tour de faire un coup de
chaud. Il faut que l'on avance car à 300 milles d'ici, la fenêtre météo se confirme de 15 nœuds au portant. A défaut de ne pas avancer aux moyennes espérées, la houle est tellement agréable, ça
nous change. Nous avons reçus ce jour les premiers messages (SMS via le téléphone satellite) de nos parents et de Ckool, c'est vraiment chouette !

Mercredi 15 Juin 2011 :
Position GPS : 23'05.6206N – 59'02.5746W
Vitesse : du bateau : 4 nœuds – du vent : 7 nœuds
Configuration voile : Sous spi
15h30 : Que d'aventures, que d'aventures ! Pas mal de choses à raconter aujourd'hui. Les moyennes sur route directe augmentent : 95 milles hier et 80 ces dernières 24 heures. Ce
n'est pas la vitesse du bateau qui y est pour grand chose car le vent est toujours très mollasson, à peine 7/8 nœuds selon nos estimations. Par contre, le cap est quasi-direct. Nous sommes sous
spi depuis ce matin et hier il n'y avait même pas assez de vent pour lui. Du coup, moteur ! 4 heures dans la journée et 5 heures dans la nuit, mais j'y reviendrais plus tard.
Depuis hier, je suis malade. Pas le mal de mer non (la houle est toujours aussi clémente, moins d'un mètre) ! C'est une otite qui me terrasse. C'est assez douloureux et la fièvre me casse
pas mal. Du coup, Oflocet dans les oreilles, aspirines et antibiotiques. Bon, espérons que cela va vite s'arranger.
Mais ça n'est pas le fait le plus notable de ces dernières 24 heures. Cette nuit, nous nous sommes retrouvés au beau milieu d'orages, sous une pluie d'éclairs entre minuit et 3 heures du matin,
c'était surréaliste. Tout est venu d'un coup. Mathieu galérait à régler les voiles par absence de vent, puis d'un coup, 27 nœuds, comme ça, sans prévenir (ah oui, l'anémomètre s'est remis à
marcher bizarrement, enfin ça n'a duré que quelques minutes). Du coup, prise de ris en deux deux et le capitaine qui essaye de sortir du grain. Puis, plus de vent du tout, d'un coup et alors rien
de chez rien, une pluie diluvienne et une mer plate. Et là, le festival commence. Il y en avait, à droite à gauche, devant, derrière et même au dessus. De beaux éclairs, bien nets. Impossible de
savoir par où fuir et sans vent, obliger de rallumer le moteur pour être manœuvrant (c'est normalement déconseillé). Et la mer, plate, si plate... On observe, on compte nos Mississippi pour
savoir si ça s'éloigne ou pas. Mat met le GPS de secours dans la cocotte minute (Olivier de AngeEole nous a prêté un deuxième GPS en secours, c'est super sympa de sa part et nous en prenons soin
comme vous pouvez le lire!) Quand je pense qu'en lisant le compte rendu de la transat retour de Ckool où il raconte avoir entouré leur GPS de papier alu on s'est dit « Rhooo, quand même, ils
exagèrent! ». Pardon les amis !
Un truc assez drôle, c'est que pendant tout cet épisode, je n'avais qu'une question en tête ; est-ce que la cocotte minute a suffisamment d'air pour flotter ? Ben oui, nous avons
organisé l'évacuation du bateau et notre matériel de survie de façon à ce que l'on puisse larguer les bidons qui flottent alors, d'où ma question. Une expérience à mener pour plus tard !
Concrètement, la foudre c'est mauvais. Dégâts irréparables sur la bateau (perte du mât, feux à bord, électronique HS, coque pouvant fondre) et cela sans compter les lésions sur l'équipage. Mais
bon, il paraît qu'il faut être à une distance de moins de trois fois la hauteur du mât pour attirer un éclair. Soit, dans notre cas, une trentaine de mètre. C'est peu probable, mais on s'est
quand même fait une bonne frayeur sur ce coup là ! Ceci étant dit, tout s'est fait dans le calme, sans précipitation ni énervement, on s'améliore ! Et toujours, les leçons à en tirer –
Mat aurait du me réveiller plus tôt et pas alors qu'il prenait le ris tout seul – Penser à rajouter le téléphone satellite dans la cocotte minute, qui devient notre cage de Faraday
officielle.
Comme notre histoire a une happy end, Mat est allé se coucher à 2h30, rompu le pauvre. A 6 heures j'éteignais le moteur et renvoyais de la toile, le vent s'étant enfin décider à revenir. Et à 9
heures, je réveillais mon homme avec des Pan-Cakes faits maison.
Depuis, le capitaine potasse les livres météo pour comprendre le phénomène et apprendre à l'anticiper.
Il y a une heure, nous avons eu le plaisir de recevoir un coup de téléphone de Ckool qui venait aux nouvelles. Heureux Jpie et Fanchon qui sont déjà aux Açores ! D'après ses infos, les
traversées retours sont longues cette année et la route nord semble assez houleuse. Nous allons intégrer ça avec les bulletins météo pour envisager la suite.

Jeudi 16 Juin 2011 :
Position GPS : 24'24.3374N – 57'55.8777W
Vitesse : du bateau : 6 nœuds – du vent : Néant, nada, nothing, rien
Configuration voile : Au moteur
18h40 : Encore une journée bien mouvementée, bien que la nuit fusse calme. Toujours cette maudite otite qui m'assomme. J'arrive à peine à faire le minimum, c'est à dire ; le pain du
matin, les repas et la vaisselle. Je ne fais que le quart de nuit, de 2h à 8h, Mat assume le reste en attendant que je récupère. Ma fièvre baisse heureusement, les antibiotiques font leur
effet.
Après le petit déjeuner, je file me coucher vers 9H. A midi, Mat me réveille, nous sommes sous un grain alors qu'il y a dix minutes encore, nous avancions sous spi. Mat l'a affalé à temps car de
jour, les nuages de grain sont plus facilement repérable. L'anémomètre est toujours dans les choux mais nous avons trouvé un autre moyen de connaître la vitesse du vent. D'après la production de
l'éolienne, le vent est de 25 nœuds établis, il continue de monter et ce sans compter les rafales.
Sur ce coup là, beau travail d'équipe, prise de 2 ris dans la grand voile, puis dans le foc, puis affalage du foc. La mer est magnifique ; blanche d'écume sur le haut des crêtes puis en
dégradé, émeraude, vert, bleu-gris. Évidemment, la houle se lève mais surtout elle est courte, hachée, pas très haute (env. 2m), le chaudron comme il dit le capitaine, un vrai shaker et comme
elle nous vient de face on tape mais cela reste gérable. On prend un cap nord-ouest pour être plus confortable, direction le Groenland donc ! Vers 15h, le vent se calme et on renvoie toute
la toile. Sauf que le vent finit par tomber complétement et nous voilà donc au moteur.
D'après le livre de météo, nous aurions essuyer le front froid d'une dépression, d'ailleurs, la température a fraichit et ça fait du bien. De plus, il nous aura fait avancer pendant quelques
heures car nos moyennes sont de plus en plus médiocres.
Nous nous posons beaucoup de questions suite aux infos reçus hier de Jpie. Ils ont mis 21 jours en route direct alors qu'apparemment un autre batocopain a mis 35 jours en suivant l'itinéraire
conseillé, à savoir monter nord au niveau des Bermudes et bifurquer ensuite plein est. Et en plus ils ont rencontrés de mauvaises conditions et se sont fait brasser, les pauvres. Au regard de ces
infos nous ne devrions pas hésiter mais il y a un mais. Meï-chen n'a pas une belle voilure, la grand voile a l'age du bateau et surtout, il nous manque un vrai grand génois à l'avant, le tout
nous rendant peu performant dans le petit temps. Nous sommes dans l'expectative et optons pour un compromis...pour l'instant.
Sur les 150 litres de gasoil pris au départ, il nous en reste 120, soit de quoi couvrir 250 milles en faisant tourner le moteur cinquante heures environ.
Il faut vraiment que je récupère vite. Je vois bien Mat se fatiguer à vue d'oeil et entre la pétole et les grains, il s'arrache les cheveux à régler les voiles. Comme d'hab, il assure et il
m'impressionne toujours autant par son énorme capacité d'analyse et sa rapidité de réflexion qui lui permettent de gérer les situations au plus juste. Bon tout ça ne se fait quand même pas sans
râler hein !

Dimanche 19 Juin 2011 :
Position GPS : 27'42.4536N – 55'38.4151W
Vitesse : du bateau : 3 nœuds – du vent : 5 nœuds
Configuration voile : Toutes voiles dehors !
16h50 : Le bilan de ces dernières 72 heures est minces, 232 milles sur la route directe et encore, grâce à 20 heures de moteur.
Hier, la mer était d'huile, visqueuse, reflétant le ciel comme un miroir. C'est joli mais si seulement nous pouvions avancer un peu. Heureusement, le front froid de la dépression passant dans
l'anticyclone nous donne de beaux grains qui nous permettent d'avancer sous voile l'espace de quelques heures. Le capitaine s'arrache les cheveux à régler les voiles au millimètres pour gagner
quelques pouillème sur la vitesse. C'est la guerre des nerfs !!! Au moins il a pu se reposer ces derniers jours, d'autant que mon otite a finit par guérir et que je suis d'attaque.
D'après la météo prise ce matin, dans 2 jours et si nous arrivons à remonter de 150 milles au nord, nous devrions récupérer les 12 à 15 nœuds de vent amenés par une dépression actuellement en
formation au large du Canada et qui va traverser elle aussi l'atlantique nord. C'est faisable et on y croit ! Il nous reste 80 litres d'essence et en garderons absolument 20 pour
l'atterrissage aux Açores. C'est peu et la décision d'allumer le moteur va être de plus en plus difficile à prendre.
On garde quand même le moral, nous avons fait 1/3 du trajet en 8 jours et demi, il nous reste de l'eau et de la nourriture en large quantité. La mer est toujours aussi douce, on se laisse bercer
et nous nous sommes offert une soirée ciné hier.
J'ai eu la joie d'avoir ma famille au téléphone hier. Tous réunis pour les 80 ans de mon papi Doudou. C'est toujours un peu frustrant, car le son du satellite n'est pas très bon et surtout le
temps est limité. On aimerait papoter des heures, entendre chacun raconter ses nouvelles. Du coup, je raccroche avec un gros pincement au cœur mais contente malgré tout de les avoir rassurés.
Nous avons décidé de changer de fuseau horaire ce jour, il y en a encore trois à passer. Nous sommes reposés, le moral est bon, mais où est le vent ?
Mercredi 22 Juin 2011 :
Position GPS : 30'10.8543N – 53'30.7377W
Vitesse : du bateau : 4 nœuds – du vent : 11 nœuds
Configuration voile : Grand voile et foc en ciseaux.
8h00 : Fin de mon quart de nuit et grosse déprime. Ces trois derniers jours nous avançons péniblement à une moyenne de 60 milles par 24h sur la route directe, en alternant spi et moteur. La
dépression annoncée est en train de se faire manger par l'anticyclone. Depuis hier nous avons un peu de vent arrière (un bonne dizaine de nœuds). Cela devait durer jusque vendredi, mais le
dernier fichier météo pris nous annonce que nous serons chanceux si cela dure jusque demain. Puis, le vent passe nord-est soit pile dans le nez et faiblit aux alentours de 5 noeuds. Pour
couronner le tout, nous avons 1,5 nœuds de différence entre la vitesse annoncé par le GPS et celle du speedo. Pas dans le bon sens bien sur, notre vitesse réel (celle du GPS) étant moindre que
celle du speedo. Donc, nous avons un courant contraire qui nous ralentit. Arghhh !
Nous sommes au douzième jour et n'avons toujours pas franchit la moitié du trajet, demain j'espère. La grand voile claque beaucoup à cause du roulis et cela contribue à l'agacement général. Mat
stresse beaucoup avec la météo et de mon coté, je suis préoccupée par le fait que nous ayons déjà vidé une de nos deux vaches à eau. 150 litres déjà consommé, autant que sur la transat aller en
18 jours. Nous avons fait moins attention, avons plus bu à cause de la chaleur et nous sommes plus lavés aussi. Nous utilisons l'eau douce pour nous rincer seulement, soit 3 à 5 litres (selon que
le capitaine se lave les cheveux, perso, je suis repassée en mode cheveux courts depuis la Martinique, c'est beaucoup plus pratique) par personne et par douche. Entre les bidons et la deuxième
vache, il nous reste 200 litres environ d'eau douce potable, nous devons commencer à être prudent et précautionneux dans notre gestion de l'eau.
Nous croisons de plus en plus de cargos et avons du nous dérouter par deux fois pour éviter la collision ou du moins un passage collé-serré.
Samedi 25 Juin 2011 :
Position GPS : 32'54.2813N – 50'30.3558W
Vitesse : du bateau : 5 nœuds – du vent : Néant, nada, nothing, rien
Configuration voile : Au moteur
7h00 : Encore beaucoup de chose à raconter sur ces trois derniers jours. Il va falloir que je prenne l'habitude de tenir plus régulièrement mon journal de bord.
Finalement nous avons touché la dépression tant attendue mercredi soir. Le vent est monté, monté. Prise d'un ris dans la grand voile, puis dans le foc, puis 2ème dans la grand voile et encore un
troisième et finalement affalage de la grand voile. Sous foc arisé seul, les deux pieds sur le frein, Meï-chen file et nous passerons la nuit de mercredi à jeudi à 6,5 voire 7 nœuds de vitesse.
Enfin, on avance, même si nous n'en espérions pas tant (jamais contents!). Ce qui nous inquiète un peu c'est qu'un nouveau front froid doit nous passer dessus. Comme sa force dépend du vent en
présence et que le dernier nous a donné des rafales à 25 nœuds alors qu'en avant du front c'était la pétole, on se demande...Durant la nuit, nous pouvons l'apercevoir au loin grâce à sa pluie
d'éclairs. Et hop, le GPS et le téléphone satellite dans la cocotte !
Au matin apparaît une barre de nuages, noirs à la base avec des colonnes blanches s'élevant haut dans le ciel. Comme c'est écrit dans notre bible du moment (« Météo et stratégie »
Jean-Yves Bernot), il faut se méfier de la mer en avant des fronts froids ; croisée, chaotique, courte et déferlante. Heureusement, c'est une petite dépression avec des creux ne dépassant
pas les 2 mètres. C'est suffisant pour avoir la sensation d'être dans un shaker et dans ce cas, les moments de repos sont difficiles car il faut littéralement s'accrocher au matelas. A huit
heures, je passe donc la main au capitaine peu reposé.
Le vent faiblit et Mat renvoie de la toile en gardant un ris dans la grand voile par précaution. Vers 11h, après ma sieste du matin, je sors la tête du cockpit et Mat m'annonce que nous avons
traversé le front. Ah bon ? Et alors ? Alors, rien ! Ah si, il a plu.
Au lieu d'un gros front de 10 milles de largeur, nous avons eu une petite bande de nuages à passer. La dépression est vraiment trop faible et se fait croquer par l'anticyclone en deux-deux.
Toute la journée de jeudi, le vent faiblira. Dans l'après-midi, alors que le capitaine fait sa sieste, je décide de renvoyer le dernier ris, notre vitesse tombant à 4 nœuds. Je m'attèle à hisser
la grand voile. C'est dur, je force et me rends compte que j'ai oublié de choquer le palan. Je retourne dans le cockpit pour y remédier et en regagnant le pied de mât... Horreur ! Mais
merde! quelle idiote ! C'est pas possible d'être aussi stupide ! Une des garcettes servant à ferler le surplus de voile du premier ris est resté attachée à la bome. Résultat, une
déchirure en « L » depuis l'œillet en plein milieu de 50 par 30 cm. C'est la consternation générale.
Assez vite, nous sortons le guide de matelotage (merci Yann!) et je m'attèle à recoudre la voile. Pas besoin d'enlever la grand voile, nous prenons deux ris et le surplus de voile pendant sur le
pont est suffisant pour procéder à la réparation depuis celui-ci. La mer s'est calmée, le vent est de 10 nœuds.
A 23h15, J'ai fini de coudre. Nous rehissons la voile et depuis cela tient ainsi. Le retour de la pétole fait qu'il n'y a pas beaucoup d'effort sur la voile, mais elle claque aussi beaucoup, ce
qui me fait maintenant tressaillir à chaque fois.
Dur de calmer ma colère envers moi-même. Bon, au moins, j'aurais appris à faire une videlle et un point de voilier. L'avenir nous dira si ma réparation sera suffisante. Notre salut serait que le
vent monte suffisamment pour que nous devions prendre un ris et plus rien n'y paraitrait, mais il est où ce vent ?
Depuis hier 16h30, nous sommes au moteur. La décision d'engager une grosse part de nos réserves et de jouer notre va tout fut prise avec l'espoir d'avoir du vent plus au nord comme l'annonce les
fichiers météo. Inch'Eole.
Avec tout cela, nous n'avons même pas fêter la moitié du trajet, trop occupés à recoudre la grand voile.
Bon, je file mettre la brioche au four avant de réveiller le capitaine dont la nuit n'a pas du être terrible avec le bruit du moteur.
Dimanche 26 Juin 2011 :
Position GPS : 34'30.8795N – 48'50.8463W
Vitesse : du bateau : 6 nœuds – du vent : 11 nœuds
Configuration voile : Toutes voiles dehors.
16h30 : La stratégie d'hier semble payer. Après avoir coupé le moteur vers 10h hier matin, nous avons touché un vent arrière de 6 nœuds nous offrant une belle journée sous spi. Nos moyennes
remontent, 70 milles sur la route directe hier et 90 aujourd'hui. Bien sur, nous sommes loin des 120 milles de moyenne de la transat aller, mais les conditions ne sont pas non plus les mêmes.
Le vent a encore forcit cette après midi et nous sommes au bon plein, filant plein cap. Ça fait du bien au moral !
Autre chose qui remonte le moral, nous sommes passés sous la barre des 4 chiffres ! Il nous reste 880 milles à parcourir, le décompte a commencé...
Mardi 28 Juin 2011 :
Position GPS : 35'12.6217N – 46'34.9399W
Vitesse : du bateau : 2 nœuds – du vent : 5 nœuds à peine
Configuration voile : Grand voile et foc en ciseaux.
16h30 : Alors que nous avions eu deux jours de bonne marche à 90 milles par jour en moyenne, un vent régulier à un peu plus de 10 nœuds et une houle tranquille, voilà que tout s'est écroulé
ces dernières 24 heures. Plus de vent du tout, même pas de quoi mettre le spi. 30 milles parcourus aujourd'hui, c'est ridicule. Tout du moins avons nous évité de dériver. C'est usant, nous
réglons constamment les voiles pour ne pas qu'elles battent, pour avoir un peu de vitesse et rester manœuvrant. Le moral fluctue avec les chutes de vent. Heureusement, nos coups de mou sont en
décales et aujourd'hui c'est plutôt le capitaine qui est dépité bien que d'une manière générale il tienne beaucoup mieux le choc que moi. J'essaye de prendre mon mal en patience mais c'est loin
d'être une de mes qualités.
La météo annonce 7/9 nœuds pour les prochains jours, ce qui devraient nous permettre de faire du spi. On croise les doigts.
Nous avons commencé le rationnement en eau et en nourriture, juste au cas où car nous ne manquons pas encore. Forcément, il nous reste la nourriture que nous apprécions le moins, les boites
reléguées au fond du placard depuis le début du voyage et les lyophilisés, ce qui n'est pas très malin car ils nécessitent de l'eau pour leur cuisson. Pourquoi ne pas utiliser l'eau de mer ?
Nous l'avons fait, une fois, utiliser l'eau de mer pour la cuisson du riz. Vous m'en direz des nouvelles ! En fait il faut quand même diluer avec de l'eau douce sinon c'est immangeable.
Il va falloir s'accrocher dur pour la fin. Encore 770 milles et au 18ème jour nous n'avons pas encore atteint les 2/3 !
Vendredi 1er Juillet 2011 :
Position GPS : 36'53.1339N – 43'05.6716W
Vitesse : du bateau : 3,5 nœuds – du vent : 7 nœuds
Configuration voile : Sous spi
16h15 : Je n'ai plus trop l'envie de tenir ce journal en ce moment. Que dire ? Nous alternons les journées pétoleuses avec moins de 4 nœuds de vent et celle comme aujourd'hui à plus de
5 où nous pouvons avancer grâce au spi et malgré ce foutu courant qui nous repousse sur les Bermudes. Ces deux derniers jours nous avons fait en moyenne 60 milles par 24h sur la route
directe, pas très glorieux. Le pire est à craindre car la météo nous annonce un zéro pointé de vent pour dimanche prochain, la bulle ! C'est juste pénible parce qu'après tout pourquoi se
plaindre ? La mer est belle, le soleil brille, nous sommes en voyage de noces... C'est juste que c'est long, épuisant à force de tout le temps régler les voiles, ne rien lâcher.
Et puis, si le capitaine arrive à enquiller les livres de notre bibliothèque de bord, de mon coté, c'est comme en voiture, une demi-heure à fixer mon regard sur une carte et j'ai le tourni.
Alors... Je médite, je pense, je réfléchis, j'explore mon esprit, inspecte mon moi et mon surmoi, je divague et pour tout dire, je m'emmerde. Je rêve d'une longue ballade, d'un steak saignant
avec une salade et du bon vin, du fromage et une vraie douche. Comme quoi, le luxe, c'est relatif.
Nous avons du arrêter de regarder des films sur l'ordi. Ce dernier montre des signes de faiblesse, il perd des pixels sur l'écran, sans doute que la carte graphique est en train de nous lâcher.
Pourvu qu'il tienne jusqu'à la fin du voyage ! On va finir à l'ancienne, compas et report de point sur la carte ! Bah, ça n'est pas si pire, j'étais plutôt bonne à ça en cours de voile,
bien plus qu'en réglage de voile, ça c'est sur ! Le plus embêtant si on perdait l'ordi serait de ne plus pouvoir prendre la météo et rassurer régulièrement nos proches qui s'inquiéteraient
de ne plus avoir de nouvelles subitement.
On rationne aussi l'électricité car sans vent, déjà que le pilote électrique galère, le régulateur d'allure de son coté ne sert plus à grand chose. Comme le moteur est devenu précieux, on
préfère ne compter que sur le panneau et l'éolienne pour la recharge des batteries. Et bien sur l'éolienne, quand il n'y a pas de vent, ne produit rien.
Patience est mère de vertus il paraît...Bof !
Mardi 5 Juillet 2011 :
Position GPS : 38'28.9508N – 38'09.2469W
Vitesse : du bateau : 3 nœuds – du vent : 6 nœuds
Configuration voile : Toutes voiles dehors!
6h00 : La journée d'hier est de celle qui nous rappelle pourquoi nous sommes là. Déjà notre avancement s'améliore. Non pas que le vent fusse au rendez-vous, mais le courant ne nous est plus
défavorable. Youpi !
Mais ça n'est pas le plus beau !
Déjà avant-hier soir nous les avions aperçus. Leurs masses noires, leurs souffles puissants.
Déjà, il y a deux semaines, Mat avait senti ce souffle puissant près du bateau, dans la nuit noire, sans rien voir, il en avait eu la chair de poule.
Mais hier fut le plus beau. Alors que je pestais contre ma pâte à pain qui ne veut plus lever depuis quelques jours à cause de l'humidité et de la moindre chaleur ambiante, je ressors dans le
cockpit faire un tour d'horizon. Un coup d'œil alentours et là !!!!!! Le temps de décrocher le pilote pour prendre la barre et abattre franchement, j'évite... une baleine, un cachalot plus
précisément. Elle est vraiment très près, je distingue bien sa forme, sa tête et c'est vraiment, vraiment gros ces bestioles. Mat se lève, nous sommes entre stress et excitation. Nous la laissons
à une bonne trentaine de mètres sur notre bâbord et alors qu'elle passe notre flanc, elle se laisse doucement immerger et disparaît. Je reprends notre cap et le temps de réenclencher le pilote,
sacrebleu ! Elle réapparait en nous barrant une nouvelle fois la route. Je me remets à 30° au sud de notre cap et là nous comprenons. Derrière elle, un autre souffle, une autre masse, mais
plus petite, sans doute son petit. Petit est un qualificatif bien relatif pour un animal pouvant faire 20 mètres et 40 tonnes alors que nous ne faisons que 9,5 mètres pour 5 tonnes ! Nous
comprenons qu'elle nous signifie de ne pas approcher et obéissons en prenant un cap franchement sud afin de mieux nous éloigner. Et là, comme pour nous remercier, son dos s'enroule, son corps
glisse en disparaissant dans l'eau puis sa queue, majestueuse fend brusquement l'air, s'élevant bien haut avant de plonger et de disparaître à son tour. C'était juste magique, magnifique, un
moment qui se suffit où le temps n'est plus trop long, où la route n'est plus si longue. A ce moment, je me suis dit que j'étais la fille la plus chanceuse de la terre !

Voilà qui remet du courage dans les cœurs, une belle journée qui s'annonce.
Nous avons aussi eu la belle surprise de recevoir un coup de téléphone satellite d'Olivier de Fleur de Lys. C'est vraiment adorable de leur part de prendre de nos nouvelles. La Belgique n'a
peut-être plus de gouvernement depuis plus d'un an mais avec Ckool et Fleur de Lys, ils ont les meilleurs ambassadeurs du monde !
A l'heure où j'écris ces lignes, il nous reste 325 milles à parcourir. Nous espérons atteindre les premières iles des Açores samedi au mieux, dimanche surement.
Jeudi 7 Juillet 2011 :
Position GPS : 38'16.7409N – 36'10.5079W
Vitesse : du bateau : 0 nœud – du vent : 0 nœud
Configuration voile : Toutes voiles dehors ! Qui claquent!
6h00 : C'est le désespoir absolu ! Depuis que j'ai pris mon quart à 2h du matin, nous avons reculé de 0,2 milles sur la route directe. En quatre heures et en route réelle, nous avons
fait à peine cinq milles. Pourtant Mat m'avait prévenu à la passation de quart « objectif : ne pas reculer et limiter le claquement des voiles » Raté ! Il n'y a pas de vent et
pire, les 1 ou 2 nœuds glanés sont pile dans le nez.
Hier nous avons parcourus 50 milles sur la route directe alors que toute la fin de nuit et la matinée suivante, le speedo dépassait régulièrement les 7 nœuds. Oui mais monsieur le vent avait
décider de nous refuser la route. Nord-est il était. Grrrrr !!! Pile notre direction ! Résultat soit on faisait un cap plein nord, soit sud-est. Nous avons préféré ce dernier, offrant
un meilleur gain sur la route directe. En gros c'est comme faire Brest-Strasbourg en passant par Lyon.
Puis Monsieur le vent est parti bouder nous laissant à 236 milles du but, rager encore et encore.
D'après les fichiers météo, le vent devrait tourner et monter en fin de journée. En attendant, on espère ne pas croiser de cargo ou de cachalot car nous ne sommes plus manœuvrant.
Les réservoirs d'eau sont vides et il nous reste 50 litres en bouteilles d'eau minérale. Ça n'est guère plus réjouissant pour la nourriture, les conserves dégueux et les lyophilisés, au moins la
pêche peut améliorer ce point.
Je puise de plus en plus dans mes réserves d'optimismes.
Pour changer de sujet, je vais maintenant disserter sur ce que nous croisons sur l'eau. A part les majestueux cachalots (aux si doux baisers!), nous voyons des dauphins, beaucoup plus gros et de
couleur plus marron que ceux observés avant la transat retour. Beaucoup d'oiseaux que nous ne savons pas reconnaître. Et depuis le milieu de la transat retour d'étranges méduses. Elles flottent
avec leur corps hors de l'eau et leurs tentacules seules immergées. Elles sont roses « girly », translucides avec une collerette plus foncée sur le dessus. La forme du corps ressemble
un peu aux beignets 'vapeur' que l'on sert dans les restaurants chinois. C'est rigolo. Enfin ça l'est beaucoup moins quand on sait qu'il s'agit de physalies, méduses des plus dangereusement
connues car si leur corps peut atteindre 30 cm, les tentacules peuvent faire jusque 4 mètres et infliger des brulures mortelles. Sympa ! En même temps d'expérience, on se rend compte, que
comme pour les plantes, les plus jolis, es plus colorés ou les plus rigolos sont souvent les espèces dont il faut se méfier le plus.
Autres éléments croisés sur l'eau, les déchets !!!!! C'est incroyable le nombres de sacs plastiques, de bouteilles (sans messages dedans bien sur, on a vérifié!), de trucs divers et variés
qui flottent et dérivent dans l'océan. Il ne se passe pas un journée sans que nous en voyons, plusieurs fois par jour même. Je dois avouer que j'ai parfois trouvé les écolos rabat-joie, mais là,
je suis consternée. Par 2 fois nous avons croisés des gros fûts de 200 litres dont nous n'osons préjuger du produit qu'il contenait et qui s'est déversé dans l'eau avant de permettre au dit fût
de flotter. Et le nombre de bouée de pêche, de cordages. De la cagette en bois ou en plastique même. Et puis des objets plus incongrus comme un gilet de sauvetage enfant (là on a eu froid dans le
dos). C'est incroyable, quand on considère l'immensité de l'océan et donc la faible probabilité d'y rencontrer un objet, cela signifie que leur nombre est important, beaucoup trop.
8h00 : Les voiles claquent beaucoup trop ! J'affale tout, laissant le capitaine ronfler, je n'ose le réveiller car cela va le mettre de très très mauvais poil.
C'est officiel nous dérivons.
15h00 : Le décision est prise d'allumer le moteur et de filer plein nord à la recherche du vent. Dernier va tout !
Le moteur cale, fume blanc, a du mal à prendre ses tours et recrache un liquide noirâtre. Nous suons à grosses gouttes. L'angoisse s'il nous lâche.
Il y a quelques jours nous avons pris la mauvaise décision ; alors que le vent nous empêchait de faire notre cap direct, nous avons choisi de faire du sud est plutôt que du nord pour gagner
sur la route directe. Très mauvais choix, nous nous sommes retrouvé dans le centre de l'anticyclone là où le vent est absent. En voile, la route la plus courte n'est décidément pas toujours la
plus rapide ! Que c'est rageant !
Dimanche 10 Juillet 2011 :
Position GPS : 39'16.5331N – 31'29.6518W
Vitesse : du bateau : 6 nœuds – du vent : 13 nœuds
Configuration voile : Grand voile et foc en ciseaux.
7h10 : Terre ! Terre !
Les voilà ! Enfin, les Açores. Sortie des nuages, une côte pas encore bien dessinée mais elle est bien là !
Il nous reste une quinzaine de milles avant de toucher le port de Lajes sur l'île de Flores, la plus occidentales des Açores.

Depuis jeudi tout s'est enchaine très vite. Après avoir fait trente milles plein nord, nous avons touché du vent. D'abord 5 nœuds, juste assez pour envoyer le spi. Puis le vent est monté, trop
pour le spi et le bateau qui se met à filer, 5,6,7 nœuds. Youhou !!!
11h30 : Nous sommes amarrés au ponton, il est en réalité 9h30, heure locale.
Ce soir dégustation de foie gras offert par Olivier d'Angeeole avec la bouteille de champagne offerte il y maintenant un an par Raymond Claudie Jean-Baptiste et Nicole (elle aura bien voyagé).
Merci à vous !
Il nous aura donc fallut 29 jours et 18 heures pour parcourir les 2150 milles qui séparent la Guadeloupe des Açores. La même distance qu'à l'aller où il nous aura fallut
quasiment 12 jours de moins. Pas la même mer, pas le même vent, pas la même allure, pas les même courants, c'est ça la voile ! Beaucoup conseillent de partir avec autant de gasoil que
possible, certes. Mais je nuancerais ce propos car si comme nous vous avez un petit bateau, vous ne pourrez pas le surcharger de 500 kg comme ce qui est généralement préconisé. Et puis si votre
moteur tombe en panne, et bien vous n'allez pas le boire votre gasoil! Alors à choisir, prendre de l'eau pour une quarantaine de jour me semble plus raisonnable. Ok, si vous avez un cinquante
pieds et mille litres de réservoirs d'eau et autant de gasoil, ne vous posez pas de questions, mais tel ne fut pas notre cas.
Comme vous pouvez en juger, ce fut long et il semble que nous ne soyons pas les seuls à avoir subi cette pétole. Notre voisin est arrivé deux jours avant nous et a mis 32 jours depuis la
Martinique avec un bateau de 11 mètres. D'autres ont mis 24 jours depuis les Bermudes, ce qui est plus étonnant car ils étaient bien nord avec une distance plus courte, ils auraient du mettre une
quinzaine. Il est évident que nous avons trop trainé aux Antilles et que ceux partis ne serait-ce qu'une semaine avant nous ont rencontrés de bien meilleures conditions. Bah, c'est la vie, nous
sommes heureux d'y être parvenu, un goût d'avoir réussi tout de même.
Fidèle à sa réputation, les Açores sont accueillantes, magnifiques et nous savourons chaque instant depuis deux semaines que nous sommes ici. Mais cela fera l'objet d'un prochain article.
La bise à tous!